====================================

UN PEU D'HISTOIRE

====================================

La première mention de Plaine apparaît sur un inventaire des biens de l’abbaye de Senones, en 1123.

L’abbaye saint Pierre de Senones est une abbaye bénédictine fondée à Senones, où la présence de bénédictins de différentes congrégations ou lieux d’origine est attestée depuis 770.

Le village de Plaine a connu plusieurs appellations : Blen (1152), Pleime (1310).

En 1598, le Ban-de-Plaine, est partagé entre les actuelles communes de Plaine et Saulxures.

La principauté de Salm-Salm, vestige d’une seigneurie autrefois plus vaste nommée Salm-en-Vosges, est créée en 1751. Plaine devient l’un des quatre chefs-lieux de ce petit Etat.

La principauté de Salm-Salm sera réunie à la France et intégrée au département des Vosges en 1793.

Le village était alors traversé par « la route des Princes » sur le flanc de la Côte de Plaine (807 m).

Quelques vestiges de cette route qui reliait la principauté à l’Alsace sont toujours visibles.

L’annexion de la principauté par la France, en 1793, place la commune dans le département des Vosges, d’où elle est détachée par le traité de Francfort.  Plaine devient donc alsacienne.

En 1871, la commune, comme toute l’Alsace, est annexée à l’Allemagne, jusqu’à sa libération en 1918.

Plaine est gravement touchée pendant la guerre de 1914, comme en témoigne la destruction partielle de l’église du XVIIIe siècle et de nombreuses maisons du village. Les combats du 15 aout 1914, où l’armée française a pris d’assaut les troupes allemandes qui occupaient le village, au prix de lourdes pertes, ont valu à la commune la Croix de guerre.

Durant la deuxième guerre mondiale, Plaine est réoccupée par l’Allemagne, devenue nazie. Tout autour de la commune se développe alors une activité de « passeurs » qui permettent, notamment dans le secteur de la Chatte pendue, le passage en France occupée de résistants pourchassés, d’aviateurs alliés dont l’avion avait été abattu, ou de personnes persécutées en raison de leur origine, juives notamment.

Plaine est aussi dans l’environnement menaçant du sinistre camp de détention de la Gestapo à Schirmeck, où de nombreux alsaciens seront détenus en raison de leurs opinions hostiles au régime nazi.

Les armes de Plaine se blasonnent ainsi :
« D’azur au saumon courbé d’argent, la tête en chef, tenant dans sa bouche un annelet d’or. »

====================================

Chemins de passeurs, chemin d’espoir et d’honneur

Aller au Chalet Frientz, à la limite de la commune de Plaine et des Vosges, juste en dessous de la chatte pendue, puis passer l’ancienne frontière entre la France et l’Allemagne. Ce n’est pas vraiment une promenade touristique, plutôt l’évocation d’un pan de notre histoire.

C’est pourtant un des plus beaux sites de la région, en plein pays de Salm, au sud-ouest du Donon, sur le territoire de la commune de Plaine.

Un de ces rares endroits où même le dimanche en pleine saison, il n’y a pas grand monde. Une des plus vastes forêts domaniales de France. Pas une seule habitation à la ronde pendant des heures et des heures de marche. Justement.

C’est pour cela que, pendant la dernière guerre, plusieurs passeurs ont utilisé cette région pour faire franchir à de nombreuses personnes la frontière entre la France et l’Alsace annexée, en dépit des patrouilles allemandes. Les chemins qu’ils ont empruntés sont balisés par la peur, l’angoisse, mais aussi l’honneur et l’espoir.

Les héros ici, même s’ils récusent par modestie ce terme, s’appellent par exemple François Philbert, de Grandfontaine, ou Hubert Ledig, de Rothau.

Le premier, jeune bucheron, accompagnait des groupes en traversant la frontière entre le col de Prayé et le col du Donon. Le second, jeune cheminot, a fait « passer » des dizaines de personnes en montant, à partir d’Albet, vers les ruines du château de Salm, le long du massif de la Chatte pendue, jusqu’à la frontière.

De là, ils redescendaient vers Moussay, en France, où ils étaient pris en charge pour aller plus loin, vers l’Espagne notamment. Ces deux hommes, comme bien d’autres passeurs, furent de véritables résistants, engagés dans cette cause autant par humanisme que par patriotisme.

Ils l’ont payé cher aussi. François Philbert, sera arrêté, sur dénonciation, par la gendarmerie allemande, et interné au camp de Schirmeck, avant sa mobilisation à Hambourg dans un bataillon disciplinaire de la Wehrmacht, dont il s’évadera rapidement (sa mère ayant dissimulé dans un gâteau une boussole qui lui a permis de revenir clandestinement au pays).

Inquiet pour sa vie à cause de son activité, Hubert Ledig empruntera à son tour avec sa famille, dont des enfants en bas âge, en 1943, le chemin qu’il avait ouvert pour d’autres. Le chemin forestier emprunté de nuit des dizaines de fois par Hubert Ledig, est marqué par l’histoire.

Il fut une des routes romaines d’Argentoratum à Lutèce. En 14-18, les allemands avaient fait construire là une route de pierre par des déportées polonaises. Le marcheur qui atteint aujourd’hui le chalet Frientz, qui marque la frontière, en suivant l’actuel GR 532 en venant de la maison forestière de Salm, se souviendra peut-être des groupes hétéroclites qui marchaient là la nuit, à l’affût du moindre bruit annonçant la présence d’une patrouille allemande : des pilotes alliés abattus lors de missions en Allemagne, des résistants fuyant la répression, des alsaciens désireux d’échapper à l’enrôlement, des familles juives tentant d’échapper à la mort certaine.

Certaines d’entre elles marchaient depuis plus de six mois, toutes les nuits, en se cachant. Combien de valises trop lourdes ont-elles été laissées sur le bord du chemin ? Combien de souffrances y ont-elles endurées, dues au froid, au mauvais état de santé et aux chaussures mal adaptées à la montagne ? De petits enfants affamés et apeurés, dont il faut obtenir à tout prix le silence ?

Mais quel soulagement et quel espoir aussi pour eux d’atteindre enfin cette rangée de bornes marquées F (pour France) d’un côté et d’un D (pour Deutschland, de l’autre (ce D qui a été souvent martelé à la fin de la guerre, pour signifier l’unité retrouvée du pays).

Le promeneur d’aujourd’hui peut encore sentir leur présence, faute de pouvoir imaginer ce qu’ils ressentaient. Parcourir ce chemin, c’est aussi, d’une certaine façon, honorer le souvenir de tous ceux ont suivi ce chemin forestier, comme autant de marcheurs involontaires, fuyant l’oppression, et de tout ceux qui les ont fait passer vers la liberté.

Philippe Breton


Pour refaire un de ces chemins de passeur, voir sur le site de la commune l’onglet « patrimoine et tourisme » section « randonnées ».

====================================