La légende de la Toccotte

Joseph, le meunier de la Toccotte

Joseph Holveck habitait la Toccotte, un moulin situé au bord de la Bruche. Il vivait seul et n'avait pas beaucoup d'amis. Les gens de Poutay y apportaient les sacs de blé et de seigle pour les faire moudre. La meule en grès était actionnée par une roue à aubes. Tous les matins, il vérifiait le fonctionnement de son moulin.

Un jour, il était en plein travail quand brusquement la meule s'arrêta de tourner. Il sortit voir ce qui était arrivé. Dans le canal usinier, il découvrit un coffre métallique qui bloquait la roue et empêchait les engrenages d'actionner la meule. Joseph récupéra le coffre, l'emporta dans son atelier. Il n'était pas très lourd et un cadenas fermait le couvercle. Intrigué, il se dépêcha de l'ouvrir. A l' intérieur , il y avait un parchemin . Il le déroula. C'était un morceau de la Bruche et son moulin. Une phrase y était inscrite: "pour devenir riche, retrouve un rocher en forme de tête de loup". Le meunier rassembla quelques affaires dans sa musette et se mit en route à la recherche de cette pierre. Au bout d'une heure de marche, il aperçut des rochers mais malheureusement ce n'était pas le bon. Il s'enfonça sur un sentier de forêt. Plus il s'enfonçait plus il se perdait. Désespéré, perdu, Joseph n'y croyait plus. Un chevreuil surgit d'un buisson. Il le suivit jusqu'à un rocher. C'était le rocher en forme de tête de loup. Le chevreuil se mit à gratter la terre avec sa patte. Joseph comprit que l'animal voulait lui montrer quelque chose. Il creusa à son tour et découvrit un deuxième morceau du parchemin et ce message: "Va jusqu'au grand chêne".

Alors le meunier se remit en route à sa recherche. En chemin, il entendit un oiseau frapper le tronc d'un arbre. Il avançait dans la direction de ces bruits et aperçut un pic vert marteler l'écorce d'un chêne. Il s'approcha doucement. L'oiseau gravait une flèche avec son bec. Il s'envola, se posa sur un autre arbre et recommença le même travail. Joseph suivit les flèches et arriva au grand chêne. Le pic vert était perché sur une branche à côté d'un grand trou creusé dans le tronc. En fouillant à l'intérieur, le meunier trouva le morceau de parchemin manquant. Il assembla les trois parties de la carte. Une croix y était dessinée. Joseph était persuadé qu'elle indiquait l'emplacement du trésor.

Il se hâta et arriva au pied d'un énorme rocher. Il commença à chercher. Derrière un buisson, il y avait une fissure. Il entra, c'était une grotte. Il avançait à tâtons. Il entendait un ruissellement dans le fond de la caverne. Soudain il trébucha sur quelque chose et se retrouva à quatre pattes. Sa cheville lui faisait très mal. En la touchant, il constata qu'elle était enflée. Il cherchait ce qui l'avait fait chuter. C'était un coffre en métal posé en travers de cette espèce de couloir. Oubliant sa douleur, excité par sa découverte, il se dépêcha de l'ouvrir. Mais hélas! Le coffre était vide.

Déçu, en colère, assoiffé et fatigué, le meunier se traîna jusqu'au fond de la grotte. Il arriva à une source qui jaillissait de la paroi. Il se désaltéra un long moment, puis sortit son mouchoir, le trempa dans l'eau et l'enroula autour de sa cheville blessée.

Une chose surprenante se passa alors. La douleur disparaissait lentement, il n'avait plus du tout soif et Joseph se retrouvait en pleine forme. "Cette eau est miraculeuse", dit-il. Il remplit sa gourde et rentra chez lui. En chemin, il rencontra le chevreuil qui l'avait aidé. Le meunier s'aperçut que l'animal boitait. Il s'en approcha, le rassura en lui parlant et en le caressant. Il frotta la patte blessée avec de l'eau de la source. Aussitôt le chevreuil se releva, et partit en bondissant. Il était guéri. Depuis ce jour-là, Joseph, le meunier de Poutay, passait une partie de son temps à soigner les malades qui venaient chercher son remède, et il se fit de nombreux amis.